Spiruline : bienfaits, dangers et vitamine B12
Ni plante ni algue mais une cyanobactérie, sans monographie européenne possible. Ce que dit l'avis de l'Anses : contamination sans seuil réglementaire, et une vitamine B12 inassimilable.
Par Léa Bonnet Publié le 29 September 2026 13 min de lecture N° 016
L’essentiel
La spiruline n’est ni une plante ni une algue : c’est une cyanobactérie du genre Arthrospira. Elle échappe donc au cadre des monographies européennes, et la référence en France est l’avis de l’Anses du 4 août 2017. Cet avis dit trois choses. Hors contamination, elle ne présente pas de risque à faible dose, jusqu’à plusieurs grammes par jour chez l’adulte. Elle peut en revanche être contaminée par des cyanotoxines, des bactéries ou des métaux, et aucun seuil réglementaire en microcystines n’existe pour ces compléments. Enfin, elle n’est pas une source fiable de vitamine B12 : 80 % de celle qu’elle contient est un analogue inactif chez l’humain. Déconseillée en cas de phénylcétonurie, de terrain allergique, de fragilité musculaire ou hépatique.
Ce que couvre cette fiche
La spiruline est le complément alimentaire le plus universellement recommandé et le plus rarement expliqué. On la trouve en pharmacie, en magasin bio, en salle de sport et sur les marchés, vendue comme un concentré de tout. Le dossier français existe pourtant, il tient en 39 pages, et il est nettement plus précis que les argumentaires.
Ni plante ni algue : ce que vous avalez réellement
Le premier malentendu est dans le mot « algue », qui figure sur beaucoup d’emballages.
La spiruline est le nom commun donné aux cyanobactéries du genre Arthrospira, anciennement classées dans le genre Spirulina, d’où le nom resté dans l’usage. Ce sont des bactéries photosynthétiques, pas des végétaux. Elles poussent naturellement dans des eaux douces et chaudes, autour de 25 °C, alcalines, avec un pH compris entre 8 et 11,5, riches en carbonates et en bicarbonates.
Cette précision n’est pas un détail de taxonomie. Elle explique pourquoi la spiruline sort du cadre habituel de cet herbier : les monographies européennes portent sur des substances végétales, et une bactérie n’entre pas dans ce périmètre. Il n’existe donc aucune monographie de l’Agence européenne des médicaments pour la spiruline, et il n’y en aura pas. Ce n’est pas un refus, comme pour l’ashwagandha : c’est une question de compétence.
La référence, en France, est donc ailleurs : l’Anses s’est autosaisie le 11 avril 2014 et a rendu son avis le 4 août 2017. C’est ce texte qui sert de fil à cette fiche.

Quels sont les bienfaits de la spiruline ?
Commençons par ce qui est établi et par ce qui ne l’est pas.
Ce qui est établi, c’est sa composition. La spiruline est riche en protéines, elle contient du fer, des caroténoïdes, de la phycocyanine qui lui donne sa couleur, et des vitamines du groupe B. C’est un aliment dense, traditionnellement consommé dans plusieurs pays, notamment autour du lac Tchad et au Mexique.
Ce qui n’est pas établi, c’est l’effet santé. Aucune allégation de santé n’est autorisée pour la spiruline dans l’Union européenne. Ni immunité, ni énergie, ni détoxification, ni endurance. Les mentions que vous lisez relèvent d’allégations en attente d’évaluation, un régime transitoire qui autorise l’affichage sans que l’effet ait été validé.
L’Anses formule d’ailleurs la chose à l’envers, et c’est révélateur de l’état des connaissances : elle estime « utile que soient engagées des études cliniques afin de fixer une dose journalière maximale », avec des effectifs suffisants pour détecter des effets rares. Autrement dit, en 2017, on ne disposait même pas des données permettant de fixer une dose maximale, et cela n’a pas changé depuis.
La conclusion honnête est celle-ci : la spiruline est un aliment intéressant sur le plan nutritionnel, et ce n’est pas un produit dont un bénéfice santé a été démontré et reconnu.
Le mythe de la vitamine B12
C’est le point le plus important de cette fiche, et il concerne précisément les personnes qui achètent de la spiruline pour la bonne raison.
La spiruline contient bien de la vitamine B12 sur le papier, de 0,1 à 2 mg par kilo. Mais l’Anses précise ce que recouvre ce chiffre : cette B12 est constituée d’au moins deux analogues, dont le majoritaire, environ 80 %, est une pseudo-vitamine B12. Cette molécule ressemble à la B12 mais ne se fixe pas sur le facteur intrinsèque, la protéine qui permet son absorption intestinale. Elle est donc inactive chez l’humain.
Ce n’est pas une hypothèse de laboratoire. L’avis cite des travaux dans lesquels la supplémentation en spiruline d’enfants carencés en vitamine B12 s’est révélée inefficace pour corriger leur anémie macrocytaire. La vitamine était bien présente dans le produit et n’a rien corrigé.
La conclusion de l’Anses est sans détour : la spiruline ne constitue pas une source fiable de vitamine B12 pour les populations excluant les produits d’origine animale.
Si vous êtes végétalien
Une carence en B12 s’installe silencieusement et ses conséquences neurologiques peuvent être irréversibles. Un dosage sanguin et une supplémentation en cyanocobalamine ou en méthylcobalamine, avec un médecin, sont la seule réponse fiable. La spiruline ne remplace pas cela, et croire qu’elle le fait est le vrai risque de ce produit.
Le scandale entourant la spiruline, ce qu’il est vraiment
La question revient dans les recherches, avec ce mot de « scandale ». Il n’y en a pas un mais trois sujets distincts, et ils n’ont pas la même gravité.
Le premier est la contamination. L’Anses est explicite : les produits contenant de la spiruline « peuvent être contaminés par des cyanotoxines, par des bactéries ou par des éléments traces métalliques ». Les cyanotoxines en cause sont principalement les microcystines, produites non par la spiruline elle-même mais par d’autres cyanobactéries qui peuvent proliférer dans le même bassin. La spiruline poussant en eau libre, la qualité de l’eau de production détermine directement la qualité du produit.
Le deuxième est l’absence de seuil. C’est le point le plus embarrassant, et il est peu relayé. Aucune réglementation ne fixe de teneur maximale en microcystines pour les compléments à base de spiruline. L’Anses estime d’ailleurs « nécessaire de mener une expertise afin d’établir un seuil ». En attendant, la filière s’est dotée d’un guide de bonnes pratiques qui propose une limite de 1 µg par gramme, une limite qui reste à valider par les autorités. C’est un engagement professionnel volontaire, pas une obligation légale.
Le troisième est la mise en perspective, qui manque à la plupart des articles alarmistes. Les contrôles menés par la filière française en 2016 montrent des détections dans 38 % de 39 analyses de produits finis, mais à des teneurs inférieures à 0,5 µg par gramme, soit sous la limite que la profession se fixe. L’Anses note par ailleurs que la majorité des produits contenant exclusivement de la spiruline et ayant fait l’objet d’études ne présente pas de niveau préoccupant.
La synthèse tient en une phrase : le risque est réel, il dépend entièrement du producteur, et rien dans la loi ne vous protège aujourd’hui. D’où la recommandation de l’Anses aux consommateurs, qui porte non sur une marque mais sur un circuit : privilégier les approvisionnements les mieux contrôlés par les pouvoirs publics, avec conformité à la réglementation française, traçabilité et identification du fabricant.
Qui ne doit pas prendre de spiruline ?
L’Anses nomme quatre situations, et chacune a une raison précise.
- La phénylcétonurie. La spiruline est riche en acides aminés, dont la phénylalanine, que ces personnes ne métabolisent pas. C’est une contre-indication de composition, pas de toxicité.
- Le terrain allergique. Des cas d’anaphylaxie ont été rapportés chez deux adolescents allergiques, et l’Anses avait rendu public dès 2014 un cas d’angio-œdème du visage survenu après une prise.
- La vulnérabilité musculaire. En lien avec les cas de rhabdomyolyse décrits plus bas.
- La vulnérabilité hépatique. Des troubles hépatiques figurent parmi les effets rapportés dans la littérature.
Notez ce qui ne figure pas dans cette liste : la grossesse, l’allaitement et l’enfance ne sont pas visés par une contre-indication spécifique dans cet avis, ce qui ne dispense pas d’en parler à un professionnel de santé, l’Anses rappelant que la pertinence de tout complément se discute au regard de l’état de santé individuel.
Quels sont les effets secondaires de la spiruline ?
Depuis la création du dispositif de nutrivigilance et jusqu’en février 2017, l’Anses a reçu 49 déclarations d’effets indésirables susceptibles d’être liés à des compléments contenant de la spiruline, dont 10 suffisamment documentées pour une analyse d’imputabilité.
La littérature scientifique rapporte de son côté des troubles hépatiques, un cas de rhabdomyolyse, deux cas d’anaphylaxie, deux cas de dermatite atopique et un cas de dermatomyosite.
Un cas français mérite d’être raconté, parce qu’il décrit une trajectoire ordinaire. Un homme sportif commence la spiruline à un comprimé par jour, puis deux, et augmente progressivement jusqu’à dix comprimés par jour. Trois semaines plus tard, des douleurs musculaires violentes apparaissent aux cuisses, non soulagées par les antalgiques courants. Un malaise le conduit aux urgences, où son périmètre de marche est limité à 300 mètres. Sa créatine phosphokinase, marqueur de destruction musculaire, est mesurée à 68 000 unités par litre, pour une valeur normale de quelques dizaines. Un autre cas de rhabdomyolyse aiguë avait été décrit en Grèce en 2008 chez un homme de 28 ans.
Ces cas sont rares, et il faut le dire aussi clairement que le reste : hors contamination, l’Anses considère que la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire à faibles doses, jusqu’à plusieurs grammes par jour chez l’adulte. Le signal porte sur l’escalade de dose et sur des susceptibilités individuelles, pas sur une consommation raisonnable.
La spiruline fait-elle maigrir ?
Non, et aucune donnée ne permet de le soutenir.
Aucune allégation de perte de poids n’est autorisée, et l’avis de l’Anses ne traite pas cette question, faute d’objet. L’argument que l’on rencontre le plus souvent, celui de l’effet coupe-faim par apport protéique, ne résiste pas au calcul : une dose usuelle de quelques grammes apporte une à deux grammes de protéines, soit l’équivalent d’une bouchée d’œuf.
C’est la même mécanique que sur la rhodiola, où la promesse d’amaigrissement s’est greffée sur un produit dont ce n’est pas le sujet. Quand un complément est présenté comme bon pour tout, la perte de poids finit toujours par apparaître dans la liste.
La spiruline est-elle bonne pour les diabétiques ?
La question est fréquente et appelle une réponse en deux temps.
Sur le fond, aucune allégation relative à la glycémie n’est autorisée, et l’avis de l’Anses ne retient aucun effet reconnu dans ce domaine. Des travaux existent, ils n’ont pas suffi.
Sur la pratique, le point important est ailleurs. Un diabète est une maladie suivie, traitée et équilibrée avec des mesures régulières. Ajouter un produit dont on ne connaît ni la dose maximale ni le profil d’interaction, sans en parler à l’équipe qui ajuste le traitement, n’a pas de sens. Si vous souhaitez essayer, la conduite est de le signaler à votre médecin et de ne rien modifier de votre traitement.

Comment choisir un produit
Ici, contrairement aux plantes de cet herbier, le critère n’est pas le dosage. C’est l’origine.
| À vérifier | Ce que vous devez lire |
|---|---|
| Fabricant identifié | Un nom, une adresse, un site de production nommé. C’est le premier critère cité par l’Anses. |
| Lieu de production | Une ferme ou un pays précis, pas « origine UE et hors UE ». |
| Traçabilité | Numéro de lot, et idéalement un producteur qui publie ses analyses. |
| Genre | Arthrospira platensis ou maxima. Une cyanobactérie nommée, pas « algue bleue ». |
| Composition | Spiruline seule. Les mélanges d’algues, klamath notamment, ajoutent d’autres risques de contamination. |
| Analyses | Recherche de microcystines et de métaux lourds. En l’absence de seuil légal, c’est un engagement volontaire du producteur. |
| Ce qui ne compte pas | Un pourcentage de phycocyanine élevé n’est ni un gage de sécurité ni une garantie d’effet. |
Deux producteurs identifiables
Ni classement ni test, nous n’en avons fait aucun. Le critère retenu ici est celui de l’Anses, et il ne porte pas sur le dosage : un fabricant nommé, un lieu de production précis et une traçabilité. Précision d’honnêteté avant de cliquer : les deux fiches produit revendiquent des effets, immunité pour l’une, vitamine B12 pour l’autre, qui ne sont autorisés ni l’un ni l’autre. Nous les retenons pour leur origine, pas pour leurs promesses.

Vendue par la ferme
Solis Culturae, spiruline bio française
C’est le producteur lui-même, pas un intermédiaire : ferme provençale installée à Châteaurenard depuis 2012, certifiée Ecocert AB, déshydratation sous 39 °C et contrôles en laboratoire indépendant français. On coche les trois critères de l’Anses d’un coup. Réserve : la fiche parle de défenses immunitaires, ce qui ne correspond à aucune allégation autorisée.
- Origine Châteaurenard
- Format 200 comprimés
- Contrôles labo indépendant

Ferme nommée sur l’étiquette
Nutri&Co, spiruline bio française
Une marque qui fait ce que presque aucune ne fait : elle nomme sa ferme, en l’occurrence la même que ci-dessus. Comprimés à 500 mg sans agent de compression, analyses sur les métaux lourds. Réserve importante au vu de cette fiche : l’étiquette met en avant la vitamine B12, dont l’Anses écrit précisément qu’elle n’est pas assimilable. Prenez ce produit pour ses protéines et son fer, pas pour cela.
- Origine Provence
- Comprimés 120 x 500 mg
- Excipients aucun
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Questions fréquentes
Quels sont les bienfaits de prendre de la spiruline ?
Aucun effet santé n’est reconnu : la spiruline n’a aucune allégation autorisée dans l’Union européenne. Sa composition est en revanche réelle et intéressante, riche en protéines, en fer, en caroténoïdes et en phycocyanine. C’est un aliment dense, pas un produit dont un bénéfice a été démontré et validé.
Qui ne doit pas prendre de spiruline ?
L’Anses la déconseille aux personnes atteintes de phénylcétonurie, du fait de sa teneur en phénylalanine, ainsi qu’aux personnes présentant un terrain allergique, une vulnérabilité musculaire ou une vulnérabilité hépatique. Ces quatre situations correspondent aux effets indésirables effectivement rapportés.
Quel est le scandale entourant la spiruline ?
Il porte sur la contamination et sur le vide réglementaire. Les produits peuvent contenir des cyanotoxines, notamment des microcystines, des bactéries ou des métaux lourds, et aucune teneur maximale n’est fixée par la loi pour ces compléments. La filière propose une limite volontaire de 1 µg par gramme, qui reste à valider par les autorités. D’où la recommandation officielle de privilégier les circuits les mieux contrôlés.
La spiruline est-elle une bonne source de vitamine B12 ?
Non. Environ 80 % de la B12 qu’elle contient est une pseudo-vitamine B12, qui ne se fixe pas sur le facteur intrinsèque et n’est donc pas absorbée. Chez des enfants carencés, la supplémentation en spiruline n’a pas corrigé l’anémie. L’Anses conclut qu’elle n’est pas une source fiable de B12 pour les personnes excluant les produits animaux.
Quels sont les effets secondaires possibles ?
La littérature rapporte des troubles hépatiques, deux anaphylaxies, deux dermatites atopiques, une dermatomyosite et des cas de rhabdomyolyse, dont un cas français chez un sportif ayant augmenté jusqu’à dix comprimés par jour. Ces cas restent rares : hors contamination, l’Anses ne retient pas de risque à faible dose, jusqu’à plusieurs grammes par jour chez l’adulte.
Est-ce que la spiruline fait perdre du poids ?
Non, aucune donnée ne le soutient et aucune allégation de ce type n’est autorisée. L’argument de l’effet coupe-faim par apport protéique ne tient pas au calcul : quelques grammes de spiruline apportent un à deux grammes de protéines.
Sources
- Anses, Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline, saisine n° 2014-SA-0096, 4 août 2017. Agence nationale de sécurité sanitaire.
- Watanabe F. et al., travaux sur les analogues de la vitamine B12 dans la spiruline, cités par l’Anses dans l’avis ci-dessus.
- Mazokopakis E. et al., cas de rhabdomyolyse aiguë associé à la consommation de spiruline, Grèce, 2008, cité par l’Anses.