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Plantes & Bien-être

Huile essentielle de clou de girofle : usages, doses et dangers

Deux usages reconnus en Europe, une durée plafonnée à une semaine, et une toxicité bien réelle en cas d'ingestion. Ce que dit la monographie européenne, sans les promesses des fiches produit.

Par Camille Ferrand Publié le 4 septembre 2026 Mis à jour le 5 septembre 2026 13 min de lecture N° 001

Clous de girofle séchés dans un bol en céramique
Clous de girofle. Photo Afif Ramdhasuma, Pexels

L’essentiel

L’huile essentielle de clou de girofle est un antalgique local puissant, riche en eugénol (80 à 85 % de sa composition). En Europe, son usage traditionnel est reconnu pour deux situations seulement : le soulagement temporaire d’une rage de dents liée à une carie, et le traitement symptomatique des petites inflammations de la bouche ou de la gorge. Dans les deux cas, la durée maximale est d’une semaine, et l’usage n’est pas recommandé avant 18 ans, ni pendant la grossesse et l’allaitement. Ingérée pure, elle est dangereuse : 5 à 10 ml ont provoqué des atteintes vitales chez des enfants de moins de deux ans.

Il y a un écart curieux entre ce qu’on lit sur l’huile essentielle de clou de girofle et ce que les autorités sanitaires en disent. Les pages marchandes lui prêtent une quinzaine d’indications, du mal de dos à la fatigue en passant par la pousse des cheveux. La monographie européenne, elle, en retient deux. Cette fiche part de la seconde liste, parce que c’est celle qui repose sur des textes vérifiables, et parce que l’écart lui-même est une information utile.

Quelles sont les propriétés de l’huile essentielle de clou de girofle ?

L’huile est obtenue par distillation à la vapeur d’eau des boutons floraux séchés de Syzygium aromaticum, un arbre de la famille des Myrtacées originaire des Moluques. Ce sont bien les boutons, cueillis avant l’ouverture de la fleur, qui donnent le clou : la forme du bouton séché, avec sa tête ronde et sa tige, a donné son nom à l’épice.

Le bouton contient 15 à 20 % d’huile essentielle. Cette huile est dominée par une seule molécule, l’eugénol, à hauteur de 80 à 85 %. Le reste se répartit surtout entre l’acétate d’eugényle et le bêta-caryophyllène. Cette concentration exceptionnelle sur un composé unique explique à la fois l’efficacité et le problème : l’huile de girofle se comporte moins comme un extrait végétal complexe que comme une solution concentrée d’eugénol.

L’eugénol a une action anesthésiante locale documentée de longue date. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on le retrouve dans les cabinets dentaires : les ciments à l’oxyde de zinc-eugénol sont utilisés en obturation provisoire depuis plus d’un siècle. Sur ce point, la tradition populaire et la dentisterie moderne se rejoignent, ce qui est assez rare pour être signalé.

L’eugénol est aussi antibactérien et antifongique in vitro. C’est vrai, c’est mesuré en laboratoire, et cela ne dit rien de ce qui se passe dans un organisme humain à des doses tolérables. La confusion entre activité en boîte de Petri et efficacité clinique est le principal moteur des promesses qu’on lit ailleurs.

Planche botanique ancienne représentant le giroflier et ses boutons floraux
Le giroflier sur une planche ancienne. Ce sont les boutons floraux, cueillis avant leur ouverture, qui donnent le clou. Artiste d’Asie du Sud-Est non identifié, domaine public, Wikimedia Commons.

Ce que l’Europe autorise vraiment : deux usages, pas trente

Le Comité des médicaments à base de plantes de l’Agence européenne des médicaments a publié une monographie sur l’huile essentielle de clou de girofle, adoptée le 13 septembre 2011. Ce texte fixe le cadre de l’usage traditionnel reconnu dans l’Union. Il retient exactement deux indications.

Première indication : traitement symptomatique des inflammations mineures de la bouche ou de la gorge. Voie oromuqueuse, sous forme de bains de bouche dosés à 1 à 5 % d’huile essentielle, plusieurs fois par jour.

Seconde indication : soulagement temporaire d’une douleur dentaire due à une carie. Voie dentaire, huile pure ou solution à 50 % minimum, ou gel à 20 %.

C’est tout. Pas de voie orale en ingestion, pas d’indication respiratoire, pas d’usage articulaire, pas de revendication sur la fatigue ou l’immunité. Cela ne signifie pas qu’aucun autre effet n’existe : cela signifie qu’aucun autre usage n’a réuni assez de données pour être reconnu, même au titre permissif de l’usage traditionnel de longue date.

La durée est plafonnée à une semaine dans les deux cas. Et la monographie ajoute une phrase que les pages commerciales omettent systématiquement : le soulagement d’une rage de dents par l’huile de girofle n’est qu’une mesure provisoire, et une consultation dentaire doit être obtenue dès que possible.

Comment utiliser l’huile essentielle de clou de girofle sur une dent

C’est l’usage le plus ancien et le mieux établi. Le protocole décrit par la monographie européenne est précis, et il vaut la peine de le suivre à la lettre plutôt que de reprendre les versions approximatives qui circulent.

  • Imbiber un petit morceau de coton d’huile pure ou d’une solution concentrée. Pour un gel, utiliser un coton-tige.
  • Appliquer le coton avec précision sur la partie cariée de la dent, et seulement sur elle.
  • Éviter le contact avec les gencives. C’est la précaution explicitement mentionnée dans le texte, et la plus souvent ignorée : l’eugénol concentré est irritant pour les muqueuses saines.
  • Renouveler après 20 minutes si nécessaire, puis toutes les 2 heures.
  • Ne pas dépasser une semaine.

Ce que ce protocole ne fait pas : soigner la carie. L’eugénol endort la douleur, il ne traite pas la lésion, et la dent continue de se dégrader pendant que le symptôme se tait. Un soulagement qui fonctionne trop bien retarde la consultation, et c’est précisément le risque.

Ce que dit la monographie

Adultes et personnes âgées uniquement. Huile pure, solution à 50 % minimum ou gel à 20 %. Application dentaire ciblée, jamais sur la gencive. Renouvellement après 20 minutes puis toutes les 2 heures. Durée maximale : 1 semaine. Mesure provisoire dans l’attente d’un rendez-vous dentaire.

Bain de bouche et gorge irritée : la dilution change tout

Pour les inflammations mineures de la bouche ou de la gorge, on change complètement d’ordre de grandeur : 1 à 5 % d’huile essentielle, contre 50 % ou plus pour l’application dentaire. Le rapport est de un à dix, voire un à cinquante. Ce n’est pas un détail de formulation, c’est la différence entre un bain de bouche et une brûlure chimique de la muqueuse.

En pratique, cela veut dire que l’huile pure ne se met jamais dans un verre d’eau « pour se gargariser ». L’huile essentielle n’est pas soluble dans l’eau : elle reste en surface, en gouttes concentrées, et c’est cette concentration locale qui agresse la muqueuse. Une préparation à 1 à 5 % suppose un solubilisant et une pesée, autrement dit une préparation faite par un pharmacien ou une spécialité toute prête.

Là encore, une semaine au maximum. Si les symptômes persistent ou s’aggravent pendant l’utilisation, l’avis d’un professionnel de santé s’impose.

Huile essentielle de clou de girofle et danger : les faits

C’est la partie que les fiches produit traitent en deux lignes, et elle mérite mieux. La toxicité de l’huile de girofle n’est pas théorique, elle est documentée par des cas cliniques publiés.

La monographie européenne consigne le fait suivant : après administration orale de 5 à 10 ml d’huile de clou de girofle chez des enfants de moins de deux ans, des situations engageant le pronostic vital ont été observées. Cinq millilitres, c’est le volume d’une cuillère à café, ou la moitié d’un flacon de 10 ml du commerce.

Le tableau clinique décrit en cas de surdosage associe dépression du système nerveux central, anomalies urinaires, acidose métabolique avec trou anionique, dégradation de la fonction hépatique, coma, convulsions et hypoglycémie. La littérature rapporte l’utilisation de la N-acétylcystéine comme antidote, la même molécule que dans les intoxications au paracétamol, parce que le mécanisme de l’atteinte hépatique est comparable : l’eugénol à forte dose épuise le glutathion des cellules du foie.

À retenir avant de laisser un flacon accessible

Un flacon de 10 ml d’huile essentielle de clou de girofle contient une dose potentiellement mortelle pour un jeune enfant. Rangez-le hors de portée et hors de vue, bouchon de sécurité en place. En cas d’ingestion, même supposée, appelez immédiatement le centre antipoison de votre région ou le 15. Ne faites pas vomir.

Aux doses de la monographie, en usage dentaire ou oromuqueux, aucun cas de surdosage n’a été rapporté. Les effets indésirables recensés se limitent à des irritations des muqueuses et à des réactions allergiques, de fréquence indéterminée. Le risque n’est donc pas dans l’usage encadré : il est dans l’écart entre cet usage et ce qu’on lit ailleurs.

Un dernier point d’honnêteté, rarement mentionné : l’eugénol a donné des résultats équivoques dans plusieurs tests de génotoxicité et de cancérogénicité, et les tests de toxicité sur la reproduction, de génotoxicité et de cancérogénicité de l’huile entière n’ont pas été réalisés. « Équivoque » ne veut pas dire « dangereux », mais ne veut pas dire « rassurant » non plus. Cela veut dire qu’on ne sait pas, et c’est une raison de plus de s’en tenir à des usages courts.

Grossesse, allaitement, enfants, traitements : quand s’abstenir

La monographie est nette sur trois points.

Moins de 18 ans : l’usage n’est pas recommandé chez l’enfant et l’adolescent, faute de données suffisantes. Cette limite d’âge surprend souvent, parce qu’elle est plus stricte que celle de la plupart des huiles essentielles. Elle s’explique par la concentration en eugénol et par la gravité des cas d’intoxication pédiatrique.

Grossesse et allaitement : la sécurité n’a pas été établie. En l’absence de données suffisantes, l’usage n’est pas recommandé.

Allergie : l’huile est contre-indiquée en cas d’hypersensibilité à la substance active ou au baume du Pérou. Cette dernière mention n’est pas anecdotique : le baume du Pérou est un allergène de contact fréquent, et les réactions croisées avec l’eugénol sont connues des dermatologues. Si vous avez déjà réagi à un parfum, à un dentifrice aromatisé ou à un cosmétique contenant du baume du Pérou, la prudence s’impose.

Sur les interactions médicamenteuses, la monographie indique qu’aucune n’est rapportée pour les usages qu’elle couvre. À prendre pour ce que c’est : une absence de signalement dans le cadre d’un usage local et bref, pas un feu vert pour une prise prolongée chez une personne sous traitement. En cas d’anticoagulant, de trouble de la coagulation ou de chirurgie programmée, la question se pose à un pharmacien, qui a le dossier sous les yeux.

Peau, diffusion, insectes, cheveux : le documenté et le supposé

Les recherches les plus fréquentes sur cette huile portent sur des usages que la monographie ne couvre pas : le massage, les insectes, les cheveux. Voici où en est réellement le dossier.

Sur la peau. L’huile de girofle est dermocaustique. Appliquée pure, elle provoque des rougeurs et des sensations de brûlure. Toute utilisation cutanée suppose une dilution importante dans une huile végétale et une surface limitée. Aucun usage cutané ne figure dans la monographie européenne, ce qui signifie que les protocoles de massage que vous trouverez ailleurs relèvent de la pratique d’aromathérapie, pas d’un cadre validé.

En diffusion. L’huile de girofle n’est pas une huile de diffusion. Son caractère irritant pour les muqueuses respiratoires la rend inadaptée à un usage atmosphérique prolongé, en particulier en présence d’enfants, de personnes asthmatiques ou d’animaux. Si vous cherchez une huile à diffuser, ce n’est pas celle-là.

Contre les insectes. L’activité insecticide et répulsive de l’eugénol est réelle et mesurée en laboratoire. Elle est d’ailleurs exploitée dans des produits phytosanitaires. Cela ne fait pas de l’huile essentielle un répulsif domestique validé pour la peau humaine, et les concentrations efficaces contre les insectes sont rarement compatibles avec la tolérance cutanée.

Sur les cheveux. Les allégations de stimulation de la pousse reposent sur des travaux préliminaires, souvent sur cultures cellulaires ou chez l’animal. Il n’existe pas d’essai clinique publié permettant de recommander l’huile de girofle pour cet usage. Compte tenu de son caractère irritant sur le cuir chevelu, le rapport bénéfice-risque n’est pas en sa faveur.

Clous de girofle séchés, boutons floraux de Syzygium aromaticum
Les clous de girofle du commerce sont les boutons floraux séchés, dont on tire l’huile essentielle par distillation à la vapeur. Photo Rillke, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 DE.

Comment choisir un flacon

Quelques repères qui se vérifient sur l’étiquette, sans avoir à croire le vendeur sur parole. Ce sont les mêmes pour toutes les huiles essentielles de l’herbier.

À vérifier Ce que vous devez lire
Nom botanique Syzygium aromaticum. Un simple « girofle » ne suffit pas.
Organe distillé Bouton floral (clou). Les huiles de feuille et de griffe existent, et leur composition diffère.
Composition Eugénol majoritaire, avec un pourcentage indiqué. L’absence de chémotype documenté est un mauvais signe.
Mention réglementaire 100 % pure et naturelle, non diluée, non déterpénée.
Contenant Verre teinté, bouchon de sécurité enfant, compte-gouttes intégré.
Lot et péremption Numéro de lot et date limite d’utilisation optimale présents.

La distinction entre huile de clou, de feuille et de griffe mérite un mot. Les trois proviennent du même arbre, mais la teneur en eugénol et le profil aromatique varient : le clou est le plus riche et le plus cher, la feuille la plus économique et la plus agressive pour la peau. Une huile vendue à un prix nettement inférieur au marché est souvent une huile de feuille, ou une huile coupée.

Questions fréquentes

Quels sont les bienfaits de l’huile essentielle de clou de girofle ?

Deux bénéfices sont reconnus au titre de l’usage traditionnel en Europe : le soulagement temporaire d’une douleur dentaire liée à une carie, et le traitement symptomatique des inflammations mineures de la bouche et de la gorge. Ils reposent sur l’action anesthésiante locale de l’eugénol, qui compose 80 à 85 % de l’huile. Les autres propriétés souvent citées, antibactérienne et antifongique notamment, sont observées en laboratoire mais n’ont pas donné lieu à une indication reconnue.

Peut-on avaler de l’huile essentielle de clou de girofle ?

Non, pas en automédication. Aucune indication par voie orale ne figure dans la monographie européenne. L’ingestion expose à une atteinte hépatique sévère : 5 à 10 ml ont provoqué des situations engageant le pronostic vital chez des enfants de moins de deux ans. Les usages reconnus sont locaux, dans la bouche, sans déglutition volontaire.

Combien de temps peut-on l’utiliser ?

Une semaine au maximum, pour les deux indications reconnues. Si les symptômes persistent ou s’aggravent pendant l’utilisation, il faut consulter. Pour une rage de dents, le soulagement obtenu est explicitement présenté comme une mesure provisoire dans l’attente d’un rendez-vous chez le dentiste.

Est-elle autorisée pendant la grossesse ?

Non. La sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’a pas été établie, et en l’absence de données suffisantes, l’usage n’est pas recommandé. La même réserve s’applique aux moins de 18 ans.

Quelle différence entre huile de clou, de feuille et de griffe de girofle ?

Les trois viennent de Syzygium aromaticum, mais pas du même organe. Le clou, c’est le bouton floral séché : c’est l’huile la plus riche en eugénol et la seule visée par la monographie européenne. La feuille et la griffe, qui est le pédoncule, donnent des huiles au profil différent, généralement moins chères et plus irritantes pour la peau. Vérifiez toujours l’organe distillé sur l’étiquette.

Que faire en cas d’ingestion accidentelle par un enfant ?

Appelez immédiatement le centre antipoison de votre région ou le 15, même si l’enfant semble aller bien : les signes peuvent apparaître avec plusieurs heures de retard. Ne le faites pas vomir et ne lui donnez rien à boire sans instruction médicale. Gardez le flacon avec vous pour indiquer la concentration et le volume manquant.

Sources

  1. Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), Community herbal monograph on Syzygium aromaticum (L.) Merill et L. M. Perry, floris aetheroleum, EMA/HMPC/534924/2010, adoptée le 13 septembre 2011. Agence européenne des médicaments.
  2. Eugenol (Clove Oil), LiverTox : Clinical and Research Information on Drug-Induced Liver Injury, National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. NCBI Bookshelf.
  3. Janes S.E.J. et coll., Essential oil poisoning : N-acetylcysteine for eugenol-induced hepatic failure and analysis of a national database, European Journal of Pediatrics, 2005. PubMed.
  4. Batiha G.E. et coll., Syzygium aromaticum L. (Myrtaceae) : Traditional Uses, Bioactive Chemical Constituents, Pharmacological and Toxicological Activities, Biomolecules, 2020. PMC.
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