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Plantes & Bien-être

Millepertuis : bienfaits, doses et interactions

Reconnu par l'Europe dans les épisodes dépressifs légers à modérés, c'est aussi la plante en vente libre qui présente le plus d'interactions médicamenteuses graves.

Par Antoine Roussel Publié le 5 septembre 2026 11 min de lecture N° 007

Millepertuis perforé en fleur au bord d’un chemin
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L’essentiel

Le millepertuis est la plante qui ressemble le plus à un médicament, et c’est vrai dans les deux sens. L’Europe lui reconnaît un usage médical bien établi dans les épisodes dépressifs légers à modérés, avec des extraits secs dosés de 600 à 1 800 mg par jour. Mais c’est aussi la plante dont les interactions médicamenteuses sont les plus lourdes : elle induit plusieurs enzymes du foie et fait chuter la concentration sanguine de nombreux traitements. Son association est contre-indiquée avec la ciclosporine, le tacrolimus, les antiprotéases, l’irinotécan et la warfarine, et elle diminue l’efficacité de la pilule contraceptive.

Le millepertuis occupe une position que peu de plantes atteignent : il est reconnu par le régulateur européen pour traiter quelque chose de sérieux, et il est en même temps l’une des rares plantes capables de faire échouer une greffe ou une contraception. Ces deux faits sont la même information vue sous deux angles : cette plante est pharmacologiquement active, vraiment.

Le millepertuis est-il un antidépresseur ?

La réponse courte est oui, au sens réglementaire, et c’est exceptionnel.

L’Agence européenne des médicaments range les plantes en deux catégories. L’usage traditionnel repose sur l’ancienneté de l’emploi. L’usage médical bien établi exige des données cliniques suffisantes, c’est-à-dire une efficacité démontrée. Le millepertuis figure dans cette seconde catégorie, avec une indication précise : traitement des épisodes dépressifs légers à modérés, au sens de la classification internationale des maladies.

Très peu de plantes obtiennent ce statut. Sur ce site, seules la menthe poivrée et la valériane l’ont également.

Ce que cela ne signifie pas : que l’on puisse s’en servir seul pour traiter une dépression. Une dépression se diagnostique, et un épisode léger à modéré n’est pas la même chose qu’un coup de fatigue. La reconnaissance européenne porte sur des préparations pharmaceutiques standardisées, prescrites et suivies, pas sur une tisane décidée un dimanche soir.

Ce que l’Europe reconnaît, et à quelle dose

Les préparations couvertes sont des extraits secs standardisés, définis par leur rapport d’extraction et leur solvant. Pour l’extrait le mieux documenté, obtenu au méthanol à 80 % avec un rapport de 3 à 7 pour 1 :

  • Dose unitaire : 300 à 600 mg.
  • Fréquence : 1 à 3 fois par jour.
  • Dose journalière : 600 à 1 800 mg.

Une seconde indication, sur un extrait éthanolique différent, porte sur le traitement de courte durée des symptômes des troubles dépressifs légers.

Deux points méritent d’être soulignés. D’abord, ces chiffres concernent des extraits secs standardisés, pas la plante brute : une infusion de sommités fleuries n’a ni le même dosage ni la même reproductibilité. Ensuite, l’usage n’est pas recommandé avant 18 ans, faute de données suffisantes.

Ses principes actifs

Hypericum perforatum est une Hypéricacée des talus et des bords de chemin, reconnaissable à ses fleurs jaunes et à ses feuilles criblées de petites poches translucides, qui lui ont valu son nom : mille pertuis, mille trous.

Ses composés étudiés sont l’hypéricine et l’hyperforine, accompagnées de flavonoïdes. L’hyperforine est celle qui explique l’essentiel des interactions : c’est un puissant activateur d’un récepteur nucléaire qui commande la production d’enzymes de détoxification hépatique. En clair, elle apprend au foie à éliminer plus vite, et le foie applique cette consigne à tout ce qui passe, y compris aux médicaments.

Fleurs et boutons de millepertuis perforé
Fleurs et boutons d’Hypericum perforatum. Froissés entre les doigts, les pétales laissent une trace rouge sombre : c’est l’hypéricine. Muséum de Toulouse, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Les interactions, la vraie raison d’en parler

Le millepertuis induit l’activité des enzymes CYP3A4, CYP2C9, CYP2C19 et de la glycoprotéine P, un transporteur qui expulse les molécules hors des cellules. Résultat : de nombreux médicaments sont éliminés plus vite, leur concentration sanguine chute, et leur effet avec elle.

La monographie européenne ne se contente pas de recommander la prudence, elle contre-indique l’association avec :

  • la ciclosporine et le tacrolimus par voie générale, deux immunosuppresseurs utilisés après une greffe ;
  • l’amprénavir, l’indinavir et les autres antiprotéases, utilisés dans le traitement du VIH ;
  • l’irinotécan, un anticancéreux ;
  • la warfarine, un anticoagulant.

Pour un greffé, une chute de concentration de l’immunosuppresseur signifie un risque de rejet du greffon. Pour une personne vivant avec le VIH, une perte d’efficacité du traitement signifie un rebond viral et un risque de résistance. Ce ne sont pas des inconvénients théoriques, ce sont des échecs thérapeutiques documentés.

La question à poser avant d’acheter

Prenez-vous un traitement, quel qu’il soit ? Si oui, le millepertuis se discute avec un pharmacien ou un médecin avant l’achat, pas après. Il est en vente libre, ce qui laisse croire qu’il est anodin. C’est la plante en vente libre qui présente le plus d’interactions cliniquement significatives.

Au-delà des contre-indications formelles, la monographie demande une vigilance particulière avec tous les médicaments métabolisés par ces mêmes voies. Elle cite l’amitriptyline, la fexofénadine, les benzodiazépines, la méthadone, la simvastatine, la digoxine et le finastéride, dont la concentration plasmatique peut diminuer.

Un dernier piège, moins connu : l’association avec un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine expose à un excès de sérotonine. Le millepertuis ne se prend pas « en complément » d’un traitement antidépresseur en cours.

Millepertuis et pilule contraceptive

Ce point mérite sa propre section parce qu’il concerne des millions de femmes et qu’il est très largement ignoré.

Le millepertuis réduit la concentration sanguine des contraceptifs oraux. La monographie décrit deux conséquences : des saignements entre les règles, et surtout une diminution de la sécurité contraceptive. Elle conclut que les femmes sous contraception orale doivent prendre des mesures contraceptives supplémentaires.

Concrètement, cela signifie qu’une femme qui commence une cure de millepertuis achetée en parapharmacie, sans en parler à personne, peut se retrouver enceinte alors qu’elle prend sa pilule correctement. Des grossesses non désirées attribuées à cette interaction sont documentées depuis les années 2000.

Soleil et photosensibilisation

L’hypéricine est photosensibilisante. La monographie demande d’éviter une exposition intense aux ultraviolets pendant le traitement, ce qui vise le soleil comme les cabines de bronzage.

Les réactions rapportées vont de la simple rougeur exagérée à des éruptions sur les zones exposées. Le risque augmente avec la dose et concerne davantage les peaux claires. Une cure de millepertuis entamée avant des vacances au soleil est une mauvaise idée de calendrier.

Grossesse, allaitement, moins de 18 ans

La sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’a pas été établie, et l’usage n’est pas recommandé en l’absence de données suffisantes.

C’est une question qui revient souvent chez les jeunes mères, parce que la période post-natale est aussi celle où l’on cherche une aide contre la baisse de moral. La réponse honnête est double : cette plante n’est pas recommandée dans cette situation, et surtout, un trouble de l’humeur du post-partum relève d’un avis médical rapide, pas d’une automédication par les plantes. C’est l’un des rares moments où le mauvais choix se paie cher.

Avant 18 ans, l’usage n’est pas recommandé non plus, faute de données de sécurité et d’efficacité.

Avant une opération

La monographie demande d’identifier, avant une chirurgie programmée, les interactions possibles avec les produits utilisés pour l’anesthésie générale ou locorégionale, et d’interrompre le traitement si nécessaire.

La raison est la même que pour le reste : l’induction enzymatique modifie la façon dont l’organisme métabolise les anesthésiques. Signalez donc le millepertuis à l’anesthésiste au même titre qu’un médicament, ce que peu de gens pensent à faire pour une plante.

Pied de millepertuis perforé en fleur
Le millepertuis perforé pousse spontanément sur les talus et les friches, et fleurit de juin à août. À ne pas confondre avec les millepertuis ornementaux de jardinerie. Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Pourquoi « millepertuis » ne veut presque rien dire sur une boîte

La monographie européenne ne parle jamais du millepertuis en général. Elle décrit des préparations distinctes, chacune définie par son solvant d’extraction et son rapport d’extraction, et elle leur attribue des indications différentes.

Trois exemples tirés du texte : un extrait sec obtenu au méthanol à 80 % avec un rapport de 3 à 7 pour 1, un extrait sec obtenu à l’éthanol à 80 % avec un rapport de 3 à 6 pour 1, et un extrait sec obtenu à l’éthanol à 50-68 % avec un rapport de 2,5 à 8 pour 1. Les deux premiers ouvrent droit à l’indication sur les épisodes dépressifs légers à modérés. Le troisième n’ouvre droit qu’au traitement de courte durée des symptômes des troubles dépressifs légers.

Ce niveau de détail n’est pas de la bureaucratie. Le solvant détermine quelles molécules sont extraites : l’hyperforine, très liposoluble, passe beaucoup mieux dans un solvant alcoolique concentré. Deux extraits du même champ, préparés différemment, n’ont donc ni la même composition, ni la même activité, ni les mêmes interactions.

Conséquence pratique en rayon : une boîte qui indique seulement « millepertuis, 300 mg » ne vous dit pas ce que vous achetez. Cherchez le solvant et le rapport d’extraction, et l’éventuelle standardisation en hypéricine. Leur absence signale un produit qu’aucune des données cliniques citées plus haut ne concerne.

Ce qui se passe quand on arrête

Un point rarement mentionné et pourtant essentiel : les interactions ne cessent pas le jour où l’on arrête la plante. C’est ce profil qui sépare radicalement le millepertuis d’une plante comme la rhodiola, dont la monographie ne relève aucune interaction cliniquement pertinente, et dont l’indication porte sur la fatigue liée au stress et non sur la dépression.

Le millepertuis agit en faisant produire au foie davantage d’enzymes. Quand la prise s’arrête, ces enzymes ne disparaissent pas instantanément, l’organisme met une à deux semaines à revenir à son niveau habituel. Pendant cette période, un traitement repris ou poursuivi reste sous-dosé dans le sang.

L’effet inverse existe aussi, et il est plus dangereux. Si un médecin a augmenté la dose d’un médicament pour compenser l’effet du millepertuis, l’arrêt brutal de la plante fait remonter la concentration de ce médicament, avec un risque de surdosage. C’est la raison pour laquelle un arrêt se signale au prescripteur, exactement comme un début.

La plante au jardin et dans la nature

Le millepertuis perforé pousse spontanément dans presque toute la France, sur les talus, les friches et les bords de chemin, et fleurit en jaune de juin à août. Il se reconnaît à deux détails : les feuilles tenues à contre-jour laissent voir de petits points translucides, qui sont des poches à essence, et les pétales froissés entre les doigts laissent une trace rouge sombre, l’hypéricine.

Attention à une confusion fréquente en jardinerie. Le millepertuis vendu comme arbuste de haie, souvent Hypericum calycinum ou des hybrides horticoles, n’est pas Hypericum perforatum. Ce sont des plantes ornementales, sans l’usage médicinal de l’espèce sauvage, et il ne faut pas les récolter dans cette intention.

Un mot enfin sur la récolte sauvage : la teneur en principes actifs varie fortement selon la station, le moment de la cueillette et le séchage. C’est précisément ce que les extraits standardisés corrigent, et c’est pourquoi la reconnaissance européenne porte sur eux et non sur la plante en vrac.

Questions fréquentes

Le millepertuis est-il vraiment un antidépresseur ?

Au sens réglementaire européen, oui : il bénéficie d’un usage médical bien établi pour le traitement des épisodes dépressifs légers à modérés, un statut que très peu de plantes obtiennent. Cette reconnaissance porte sur des extraits secs standardisés dosés de 600 à 1 800 mg par jour, pas sur une infusion. Et elle ne dispense pas d’un diagnostic : une dépression s’évalue par un professionnel.

Quels sont les inconvénients du millepertuis ?

Ses interactions médicamenteuses, de loin. Il induit les enzymes CYP3A4, CYP2C9, CYP2C19 et la glycoprotéine P, ce qui fait chuter la concentration de nombreux traitements. Son association est contre-indiquée avec la ciclosporine, le tacrolimus, les antiprotéases, l’irinotécan et la warfarine. Il réduit aussi l’efficacité de la pilule et il est photosensibilisant.

Peut-il rendre la pilule inefficace ?

Oui. Il diminue la concentration sanguine des contraceptifs oraux, ce qui provoque des saignements entre les règles et réduit la sécurité contraceptive. La monographie européenne demande explicitement aux femmes sous contraception orale de prendre des mesures contraceptives supplémentaires. Des grossesses non désirées liées à cette interaction sont documentées.

Est-il sans danger pendant l’allaitement ?

La sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’a pas été établie, et l’usage n’est pas recommandé faute de données suffisantes. Au-delà de la question du produit, une baisse de moral durable après un accouchement mérite un avis médical rapide plutôt qu’une automédication.

Peut-on s’exposer au soleil pendant une cure ?

Il faut éviter une exposition intense aux ultraviolets, soleil comme cabine de bronzage. L’hypéricine est photosensibilisante et les réactions vont de la rougeur exagérée à des éruptions sur les zones exposées. Le risque croît avec la dose et concerne surtout les peaux claires.

Le millepertuis de mon jardin est-il le bon ?

Probablement pas. Les millepertuis vendus en jardinerie comme arbustes de haie, souvent Hypericum calycinum ou des hybrides, sont des plantes ornementales. L’espèce médicinale est Hypericum perforatum, sauvage, à feuilles ponctuées de petits points translucides visibles à contre-jour et à pétales laissant une trace rouge quand on les froisse.

Sources

  1. Comité des médicaments à base de plantes (HMPC), monographie européenne sur Hypericum perforatum L., herba, usage médical bien établi, réf. EMEA/HMPC/745582/2009, dont une révision est en vigueur sous la référence EMA/HMPC/7695/2021. Agence européenne des médicaments.
  2. Pharmacopée européenne, monographie Hyperici herba, réf. 01/2008:1438.
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